AgriData : quand l’IA rend les données agricoles accessibles en Afrique de l’Ouest

AgriData : quand l’IA rend les données agricoles accessibles en Afrique de l’Ouest

AgriData transforme les bases de données agricoles publiques en réponses concrètes, en français, pour tous les acteurs de la chaîne agricole en Afrique de l’Ouest.

Fatou cultive du fonio à Kindia, en Guinée. Elle sait que les prix montent à Conakry avant la saison des pluies. Mais elle ne sait pas exactement quand, ni de combien. Elle vend quand elle peut, pas quand c’est le bon moment.

Koffi veut ouvrir une unité de transformation de manioc en Côte d’Ivoire. Il lui faut une semaine pour croiser les données de production par région, les textes sur les licences industrielles et les prix d’approvisionnement. Une semaine de travail pour des informations qui devraient prendre dix minutes.

Ce ne sont pas des cas isolés. À travers toute l’Afrique de l’Ouest, les décisions agricoles se prennent chaque jour avec une information incomplète, non pas parce que les données manquent, mais parce qu’elles sont inaccessibles.

Les Instituts nationaux de la statistique en Afrique de l’Ouest relèvent chaque mois les prix de plusieurs denrées sur plusieurs marchés. Comme le cas de l’Institut National de la Statistique et de la Démographie du Bénin, qui recense le prix de 39 produits sur 7 marchés nationaux. La FAO compile les statistiques de production de 189 produits à travers 16 pays de la CEDEAO depuis 1961. La FAOLEX archive près de 218 000 textes juridiques dont près de 700 textes de lois béninoises sur l’agriculture, le foncier et les ressources naturelles. Ces données sont publiques, elles sont gratuites, mais elles ne servent presque personne.

Le problème n’est pas l’absence de données. C’est leur inaccessibilité.

Les prix relevés par les instituts de statistiques finissent dans des rapports PDF téléchargeables par dossier. Les statistiques de production sont dans la FAOSTAT, qui est un outil conçu pour des statisticiens, avec des filtres que la plupart des utilisateurs ne savent pas configurer. Les textes juridiques sont dans la base de données FAOLEX, derrière un moteur de recherche pensé pour des juristes internationaux.

Un producteur qui veut simplement savoir dans quelle ville vendre son maïs au meilleur prix n’a aucun moyen rapide de le vérifier. Il ne vend pas nécessairement à perte, mais il décide à l’aveugle, sans voir les opportunités qui existent pourtant à quelques kilomètres.

Des travaux menés au Ghana autour de la plateforme Esoko ont montré que le simple accès à des données de prix permettait aux agriculteurs d’augmenter significativement leurs revenus. L’information n’est pas un avantage concurrentiel réservé aux grands acteurs. C’est ce qui sépare une bonne décision d’une mauvaise, pour n’importe quel profil de la filière agricole.


L'information agricole utile existe. Ce qui manque, c'est le chemin entre cette information et ceux qui en ont besoin.

Pourquoi les outils existants, y compris ChatGPT, ne résolvent pas ça

L’IA est déjà présente dans l’agriculture africaine. Darli AI de Farmerline, au Ghana, permet de diagnostiquer une maladie à partir d’une photo de culture et a été distingué parmi les meilleures inventions 2024 par TIME. Farmer.Chat conseille plusieurs centaines de milliers d’agriculteurs au Kenya, au Nigeria et en Éthiopie sur les pratiques agronomiques.

Ces outils répondent à une vraie question : comment produire mieux ? Mais ils ne répondent pas aux questions d’avant et d’après production. Ils n’abordent pas les dimensions où vendre ? à quel prix ? dans quel cadre légal ? Et ils fonctionnent presque exclusivement en anglais, laissant l’Afrique de l’Ouest francophone sans outil équivalent.

On pourrait penser que ChatGPT, Gemini ou d’autres grands modèles de langage comblent ce vide. Ils comprennent le français et semblent tout savoir. Mais sur ce terrain précis, ils échouent pour une raison simple : ils n’ont pas les données.

Un LLM général ne sait pas que le sorgho se vendait 371 FCFA le kilo à Parakou en octobre dernier. Il ne connaît pas le texte béninois régissant la transhumance transfrontalière. Un LLM général ne peut pas vous dire quelle région de la Côte d’Ivoire a produit le plus de manioc en 2023. Face à ces questions, deux choses se produisent : soit il donne une réponse générique qui ne correspond pas à votre réalité locale, soit (et c’est le plus dangereux), il invente une réponse plausible mais fausse.


Les LLMs généraux ne peuvent pas répondre à des questions précises sur des marchés locaux, des politiques agricoles récentes ou des textes juridiques spécifiques à un pays d'Afrique de l'Ouest. Ces données n'existent pas dans leur mémoire.

Les données économiques et juridiques francophones de l’Afrique de l’Ouest sont un angle mort de l’IA agricole. C’est précisément là qu’AgriData travaille.

Ce que AgriData fait concrètement

AgriData connecte trois bases de données officielles à une interface conversationnelle en français et en anglais. Vous posez une question. Vous obtenez une réponse vérifiée, sourcée, avec la donnée d’origine.

Trois domaines , prix de marchés ; statistiques de production ; textes juridiques, dans une seule interface. Pas de fichier à télécharger. Pas de filtre à configurer. Chaque chiffre est vérifié avant d’être présenté. Quand une information ne peut pas être confirmée, AgriData le dit explicitement.

Ce que la plateforme ne fait pas est tout aussi important : AgriData ne remplace pas le jugement humain. Il fournit l’information qui permet à ce jugement de s’exercer correctement.

Un territoire que personne d’autre ne couvre

Les grandes plateformes d’IA agricole ont fait un choix : l’Afrique anglophone. C’est leur marché naturel, et elles le connaissent. Les données qu’AgriData exploite représentent un territoire qu’elles n’ont ni cartographié ni structuré.

AgriData couvre aujourd’hui les prix de 39 produits sur 7 marchés au Bénin, les statistiques de production des 16 pays de la CEDEAO depuis 1961, et des centaines de textes juridiques béninois. C’est un point de départ, pas un aboutissement.

La prochaine étape est l’extension des données de prix à l’ensemble des pays voisins. Un commerçant togolais pourra ainsi comparer les prix du maïs béninois et ghanéen. Un investisseur sénégalais n'aura plus de contrainte à analyser la production d’arachide dans la sous-région. Un fonctionnaire prépara plus facilement, sa note sur les politiques semencières de la CEDEAO. Ces questions méritent des réponses précises, rapides et vérifiables.

L’Afrique de l’Ouest produit chaque année des millions de tonnes de données agricoles. La plupart restent dans des silos institutionnels que ni les producteurs, ni les entrepreneurs, ni les décideurs ne savent ouvrir. AgriData ouvre ces silos.

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